Dans "l'Humanité", Philippe Laurent en 2004...

Dans le quotidien "L’Humanité"

Social-Eco - le 3 Juillet 2004

 

Spécial collectivités locales

 

Sceaux, Stains : deux villes aux antipodes l'une de l'autre

 

Dix-neuf mille huit cent cinquante habitants d'un côté, commune des Hauts-de-Seine. Trente-trois mille soixante-seize habitants de l'autre, commune de la Seine-Saint-Denis. Reportage en Île-de-France.

 

Le profil de la population de Sceaux est l'un des plus favorisés de France. Le revenu annuel moyen par habitant y est de 20 000 euros. Le maire Philippe Laurent (UDF) et sa majorité ont pu sans coup férir augmenter les impôts de 20 % au cours des trois dernières années. Le calcul est simple : grâce à la baisse de 3 % des impôts sur le revenu, chaque ménage a gagné en moyenne 250 euros tandis que la hausse des impôts communaux leur en a coûté 50.

 

" Je n'ai jamais fonctionné à l'économie. Je compense avec les services que je crée ", explique Philippe Laurent. La ville a ainsi développé une politique d'aide à domicile importante.

 

Quarante personnes y travaillent (infirmières, aide-ménagères) dans le cadre d'un service municipal.

 

" Je municipalise tout, renchérit le maire. Pour rendre un service à caractère professionnel, je préfère le cadre de la fonction publique que les associations. " Reste que la pression fiscale y demeure modeste. Avec des taux inférieurs ou égaux à la moyenne régionale, en 2001 les quatre taxes locales ont produit 547 euros par habitant.

 

Avec 7 % de chômage et 170 érémistes, Philippe Laurent estime ne pas avoir d'urgence humaine à gérer. Le principal souci de la municipalité est de conserver à la commune son dynamisme démographique en continuant à accueillir des familles à revenus importants. L'un des problèmes est que cette même population aisée s'oppose à toute densification. En conséquence, le plan local d'urbanisme est de plus en plus restrictif. Ce qui conforte la tenue à l'écart des activités économiques hormis le commerce de proximité et quelques activités tertiaires.

 

Ce qui pose aussi problème au regard du minima de 20 % de logements sociaux fixé par la loi SRU. La municipalité, qui possède son propre office HLM, souhaite racheter et obtenir le conventionnement des quelques immeubles que la Caisse des dépôts possède sur la zone urbaine sensible (ZUS) qui se prolonge sur Sceaux, aux confins de Bagneux et de Fontenay-aux-Roses.

 

" Avec ces quelque 700 logements supplémentaires, explique le maire, la commune compterait 20 % de logements sociaux au lieu des 14 % actuels. "

 

Le paysage de Stains diffère du tout au tout. La commune compte 26 % de chômeurs parmi la population active et 1 600 érémistes. Ici, le logement social est prépondérant : 76 % du parc de la ville. Quant au revenu annuel moyen des habitants, il dépasse à peine le quart de celui de Sceaux, 5 494 euros. Le budget municipal est fortement dépendant des dotations de l'État : " Lorsque l'État décide de ne pas répercuter l'inflation sur ses dotations, nos recettes augmentent moins vite que les dépenses. Or, compte tenu des bas revenus de notre population, le levier fiscal ne nous laisse que très peu de marge ", remarque Danièle Brichot, première adjointe au maire chargée des finances. La baisse de l'impôt sur le revenu est sans effet pour la plupart des Stanois : 55 % des ménages de la ville sont exonérés du fait de la modicité de leurs ressources. Malgré des taux sensiblement supérieurs à la moyenne régionale, le produit des quatre taxes locales n'a été, en 2001, que de 432 euros par habitant contre une moyenne régionale (hors Paris) de 607 euros.

 

Il y a cinq ans, dans une démarche délibérée contrevenant à la loi, le conseil municipal avait voté le budget de la commune en déséquilibre. " Un geste politique fort, rappelle Danièle Brichot. Inévitablement saisie par le préfet, la chambre régionale des comptes a reconnu la situation saine mais structurellement difficile du fait de la faiblesse de nos ressources. " L'élue poursuit : " Sans marge d'auto-financement, nous n'avons d'autre choix que de recourir à l'emprunt. Cela limite considérablement notre capacité de réalisation, mais pas nos ambitions. Nous n'avons aucun complexe à frapper à de nombreuses portes pour obtenir des financements. Quelles villes aujourd'hui se lancent dans la construction d'un centre de santé ? " Les besoins sociaux sont importants : " Bien sûr, nous sommes sans cesse confrontés à l'urgence sociale. Les Restos du coeur et le Secours populaire, auxquels nous avons mis des espaces à disposition, ne chôment pas. Reste, insiste Danièle Brichot, que nous cherchons avant tout à créer des occasions permettant aux gens de se prendre en charge. Nous nous efforçons de travailler dans l'anticipation, de tisser du lien sur le terrain, dans les quartiers, et nous soutenons les associations agissent en ce sens. " Après une terrible désindustrialisation, la municipalité réaménage les sites en friche : " Ce territoire a été maltraité, a souffert d'une mauvaise image, mais les mentalités changent, estime l'élue. Nos zones d'activité s'emplissent à nouveau. Les gens commencent à s'intéresser différemment à Stains. "

 

Sceaux et Stains ont chacune adhéré à une communauté d'agglomération. Les Hauts-de-Bièvre, pour la première, Plaine Commune pour la seconde. " Cela donne un souffle à la ville, car nous bénéficions de ce qui peut se passer sur l'ensemble du territoire. Cela permet une mutualisation de moyens ", commente la première adjointe de Stains.

 

Le maire de Sceaux confirme : " Sur certains services, nous pouvons faire des économies d'échelle sans rompre la proximité aux usagers : le traitement des déchets, les transports..."

 

Philippe Laurent insiste cependant sur une autre dimension : le retour d'une part de taxe professionnelle vers sa commune : " Sans la communauté d'agglomération, il ne serait pas possible que les gens qui travaillent dans une autre ville puissent répercuter les cotisations qu'ils génèrent sur leur ville de résidence où se situent leurs besoins. C'est une des principales iniquités qui existent. "

 

L'élu scéen va jusqu'à appeler de ses vœux " une grande communauté qui englobe Paris et la petite couronne car Paris et Neuilly sont sous-taxés en impôts locaux alors que les banlieusards sont surtaxés ".

 

Une reconstitution nouvelle manière l'ancien département de la Seine ? C'est déjà pour atténuer la " grande inégalité " pointée par Philippe Laurent qu'a été créé puis renforcé le fonds de solidarité de la région Île-de-France (FSRIF). Or, depuis des mois, sous la houlette de Nicolas Sarkozy, les maires du triangle d'or Puteaux-Neuilly-Levallois-Perret, trois des villes les plus contributrices au SFRIF, manœuvrent avec l'objectif proclamé de conserver à leur profit exclusif le maximum de taxe professionnelle.

 

Est-ce à cela que songeait Philippe Laurent en observant : " On perd des points, par de petits égoïsmes " ?

 

(c) Sylvia Christian

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