Louise Labé (1524 - 1566)

Louise Labé est née en 1524 à Lyon, et décédée le 25 avril 1566 à Parcieux-en-Dombes où elle fut enterrée.

 

C'était une poétesse française. Surnommée « La Belle Cordière », elle fait partie des poètes en activité à Lyon pendant la Renaissance.

Et, où est la plus grand' Folie, si le commun ha ù une loy, les grans en ont pris d'autres pour eus

Louise Labé – Débat de Folie et d’Amour – 1555 - Extrait

 

http://fr.wikisource.org/wiki/D%C3%A9bat_de_Folie_et_d%E2%80%99Amour

 

Mercure se fait l’avocat de la Folie devant Jupiter

 

Mon intencion sera de montrer qu'en tout celà Folie n'est rien inferieure à Amour, et qu'Amour ne seroit rien sans elle : et ne peut estre, et regner sans son ayde. Et pource qu'Amour ha commencé à montrer sa grandeur par son ancienneté, je feray le semblable : et vous prieray reduire en memoire comme incontinent que l'homme fut mis sur terre, il commenga sa vie par Folie : et depuis ses successeurs ont si bien continué, que jamais Dame n'ut tant bon credit au monde. Vray est qu'au commencement les hommes ne faisoient point de hautes folies, aussi n'avoient ils encores aucuns exemples devant eus.

 

Mais leur folie estoit à courir l'un apres l'autre : à monter sus un arbre pour voir de plus loin : rouler en la vallee : à manger tout leur fruit en un coup : tellement que l'hiver n'avoient que manger. Petit à petit ha cru Folie avec le tems. Les plus esventez d'entre eus, ou pour avoir rescous des loups et autres bestes sauvages, les brebis de leurs voisins et compagnons, ou pour avoir defendu quelqu'un d'estre outragé, ou pource qu'ils se sentoient ou plus forts, ou plus beaus, se sont fait couronner Rois de quelque feuillage de Chesne. Et croissant l'ambicion, non des Rois, qui gardoient fort bien en ces tems les Moutons, Beufs, Truies et Asnesses, mais de quelques mauvais garnimens qui les suivoient, leur vivre a esté séparé du commun. Il ha fallu que les viandes fussent plus delicates, l'habillement plus magnifique. Si les autres usoient de laiton, ils ont cherché un metal plus precieus, qui est l'or. Où l'or estoit commun, ils l'ont enrichi de Perles, Rubis, Diamans, et de toutes sortes de pierreries. Et, où est la plus grand' Folie, si le commun ha ù une loy, les grans en ont pris d'autres pour eus.

 

Ce qu'ils ont estimé n'estre licite aus autres, se le sont pensé estre permis. Folie ha premièrement mis en teste à quelcun de se faire creindre : Folie ha fait les autres obeir. Folie ha inventé toute l'excellence, magnificence, et grandeur, qui depuis à cette cause s'en est ensuivie. Et neanmoins, qui ha il plus venerable entre les hommes, que ceus qui commandent aus autres ? Toymesme, Jupiter, les appelles pasteurs de Peuples : veus qu'il leur soit obeï sous peine de la vie : et neanmoins l'origine est venue par cette Dame. Mais ainsi que tousjours as acoutumé faire, tu as converti à bien ce que les hommes avoient inventé à mal. Mais, pour retourner à mon propos, quels hommes sont plus honorez que les fols ? Qui fut plus fol qu'Alexandre, qui se sentant souffir faim, soif et quelquefois ne pouvant cacher son vin, suget à estre malade et blessé, neanmoins se faisoit adorer comme Dieu ? Et quel nom est plus celebre entre les Rois ? Quelles gens ont esté pour un tems en plus grande reputacion, que les Filozofes ? Si en trouverez vous peu, qui n'ayent esté abreuvez de Folie. Combien pensez vous qu'elle ait de fois remué le cerveau de Chrysippe ? Aristote ne mourut il de dueil, comme un fol, ne pouvant entendre la cause du flus et reflus de l'Euripe ? Crate, getant son tresor en la mer, ne fit it un sage tour ? Empedocle qui se fust fait immortel sans ses sabots d'erain, en avoit il ce qui lui en failloit ? Diogene avec son tonneau : et Aristippe qui se pensoit grand Filozofe, se sachant bien ouy d'un grand Signeur, estoient its sages ? Je croy qui regarderoit bien avant leurs opinions, que lon les trouveroit aussi crues, comme leurs cerveaus estoient mal faits. Combien y ha il d'autres sciences au monde, lesquelles ne sont que pure resverie ? encore que ceus qui en font professions, soient estimez grans personnages entre les hommes ? Ceus qui font des maisons au Ciel, ces getteurs de points, faiseurs de characteres, et autres semblables, ne doivent ils estre mis en ce rang ? N'est à estimer cette fole curiosité de mesurer le Ciel, les Estoiles, les Mers, la Terre, consumer son tems à conter, getter, aprendre mile petites questions, qui de soy sont foles : mais neanmoins resjouissent l'esprit : le font aparoir grand et subtil autant que si c'estoit en quelque cas d'importance.

 

Je n'auroy jamais fait, si je voulois raconter combien d'honneur et de reputacion tous les jours se donne à cette Dame, de laquelle vous dites tant de mal. Mais pour le dire en un mot : Mettez moy an monde un homme totalement sage d'un cotè, et un fol de l'autre : et prenez garde lequel sera plus estimé. Monsieur le sage atendra que lon le prie, et demeurera avec sa sagesse tout seul, sans que lon l'apelle à gouverner les viles, sans que lon l'apelle en conseil : it voudra escouter, aller posément ou il sera mandé : et on ha afaire de gens qui soient pronts et diligens, qui faillent plus tot que demeurer en chemin. Il aura tout loisir d'aller planter des chous. Le fol ira tant et viendra, en donnera tant à tort et à travers, qu'il rencontrera, enfin quelque cerveau pareil au sien qui le poussera, : et se fera. estimer grand homme. Le fol se mettra entre dix mile harquebuzades, et possible en eschapera : it sera estimé, loué, prisé, suivi d'un chacun. Il dressera quelque entreprise escervelee, de laquelle s'il retourne, il sera mis jusques au ciel. Et trouverez vray, en somme, que pour un homme sage, dont on parlera au monde, y en aura dix mile fols qui seront à la vogue du peuple.

 

Ne vous sufit il de ceci ? assembleray je les maus qui seroient au monde sans Folie, et les commoditez qui proviennent d'elle ? Que dureroit mesme le monde, si elle n'empeschoit que l'on ne previt les facheries et hazars qui sont en mariage ? Elle empesche que lon ne les voye et les cache : à fin que le monde se peuple tousjours à la maniere acoutumee. Combien dureroient peu aucuns mariages, si la sottise des hommes ou des femmes laissoit voir les vices qui y sont ? Qui ust traversé les mers, sans avoir Folie pour guide ? se commettre à la. Misericorde des vents, des vagues, des bancs, et rochers, perdre la terre de vuë, aller par voyes inconnues, trafiquer avec gens barbares et inhumaines, dont est il premierement venu, que de Folie ? Et toutefois par là, sont communiquees les richesses d'un pais à autre, les sciences, les façons de faire, et ha esté connue la terre, les proprietez, et natures des herbes, pierres et animaus. Quelle folie fust ce d'aller sous terre chercher le fer et l'or ? Combien de mestiers faudroit-il chasser du monde, si Folie en estoit bannie ? la plus part des hommes mourroient de faim : Dequoy vivroient tant d'Avocats, Procureurs, Greffiers, Sergens, Juges, Menestriers, Farseurs, Parfumeurs, Brodeurs, et dix mile autres mestiers ?

La liberté des femmes

Dans une épître dédiée à Mademoiselle Clémence de Bourges, elle écrit :

 

«Etant le temps venu, Mademoiselle, que les sévères lois des hommes n'empêchent plus les femmes de s'appliquer aux sciences et disciplines : il me semble que celles qui [en] ont la commodité doivent employer cette honnête liberté que notre sexe a autrefois tant désirée.»

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